Sam,
par Olivier Suquet
Dimanche
24 juillet 1997, Samuel Adrien roule sur sa moto : une 600 Ducati. Il
sort de la ville dAix les Mille oû il est basé, pour
se diriger vers Pau. Il va effectuer un championnat militaire de parachutisme
sportif. Le destin lui a souri jusquà ce jour. Il a 24
ans, il est sous-officier dans larmée de lair en
tant que mécanicien avion. Parachutiste sportif confirmé,
compétiteur (pa, voltige et VR), des copines, et un caractère
affirmé. Il nest pas du style à se laisser marcher
sur les pieds. Tout lui réussit, pas de nuage noir à lhorizon.
Et pourtant en ce jour de juillet 97 son destin va basculer. Un autre
motard doublant dans un virage va le percuter de face!!! Cest
laccident. Il tombe dans le coma pendant 10 jours : traumatisme
crânien, fracture de lhumérus, du cubitus, de lomoplate,
éclatement de la rate, fracture du bassin, arrachement sur le
pied des artères podales, nombreuses fractures sur le pied...
3 semaines après laccident les médecins décident
de lamputer sous le genou gauche. La terre seffondre autour
de lui. Il regrette davoir survécu : la déprime
totale, lenvie de se tirer un plomb. Une situation logique, même
si cette logique a un goût bien amer. Que peut-on dire à
un jeune homme plein de vie qui vient de perdre une jambe dans un accident
complètement injuste ? Il ne la pourtant pas cherché,
il roulait à 80 km/h sur le bon côté de la chaussée.
Un fou pressé lui a volé sa jambe. On peut comprendre
sa révolte, cette envie den finir...
La
vie aura pourtant le dessus. Cest en croisant des cas similaires
chez le prothésiste quil va reprendre confiance. Il naccepte
pas, mais il le vit mieux. De là à se tourner en dérision
il y a encore du temps, et comme il me la dit lui même:
" il y a des cas tellement plus graves que le mien, je nai
rien à côté "
Dans
la phase la plus difficile, quelques collègues ont gardé
contact avec lui. Il a même reçu des lettres dencouragement
grâce à un petit article sur ParaMag. Je sais que ça
la beaucoup aidé.
Administrativement
les choses sarrangent grâce au travail et à lacharnement
de son commandant d'escadron. On peut le remercier du fond du coeur
car si il navait pas été là, les choses auraient
sans doute été différentes.
6
mois après laccident, Samuel Adrien va enfin sortir de
lhôpital sur sa propre initiative. Comme je vous lai
dit au début il a du caractère. Il a repris le dessus.
Il sait que ce sera dur, mais cest un gagnant.
Cest
un accident de service, il va donc pouvoir rester militaire. Il en a
la volonté et le potentiel. La commission de réforme décidera
quil est encore OK pour la tenue, mais il va devoir changer de
spécialité. Il décide de sorienter vers la
spécialité de moniteur de simulateurs de vol. Il repasse
donc un examen du niveau bac quil réussit, et retour en
école pour de long mois. Là pas de cadeau, même
pire, il demandait quon le traite simplement comme les autres...
le sort sacharne mais il lemporte.
Après
avoir surmonté tous ces traumatismes, il aborde les difficultés
de la vie de tous les jours avec beaucoup plus de sérénité
et de recul. Il ny a quà regarder ses yeux pour en
être sûr. Comme il me le dit: " Jai pris dix
ans "
Il
pratique la natation en handisport. Il a même, depuis, fait 50
sauts en VR et Free fly, et pour avoir ressauté avec lui, je
vous garantis quil n'a rien perdu. Il retrouvera vite une équipe
de VR sans trop de problème.
Je
lui ai posé une question: -" Quaurais-tu à
dire aux gens qui sont entiers, en bonne santé et qui pleurent
pour un oui pour un non? "
"
Dommage pour eux. Ils ne peuvent pas comprendre. "
" Et maintenant quaurais-tu à dire à un accidenté
de la route? "
" Téléphone-moi. Il faut parler. Il ny a quen
parlant avec des cas similaires que tu pourras ten sortir. "
" Est-ce que tu es heureux Sam.? "
" Oui, je suis quand même heureux ."
Faut-il toucher le fond pour comprendre que lon est heureux ?
Lorsque on a un problème dans la vie de tous les jours, ne pourrait-on
pas tout simplement se dire: " Jai mes yeux, mes bras, mes
mains, mes pieds... Je suis en bonne santé. Que peut-il marriver
de plus? "
Quand
je pense à tous ces mutilés, ces malades
Quand je
vois, malgré tout, lexpression du bonheur sur leur visage,
on na pas le droit de faire la gueule, de déprimer et dêtre
malheureux.
Enfin
cest mon idée...
Sam.,
la mort na pas voulu de toi. Tu as encore beaucoup de choses à
faire, et à voir; beaucoup davions à prendre. Même
si tu ne veux pas lavouer, tu es dix fois plus fort quavant.
Ca ne sera pas facile tous les jours, mais tu y arriveras. Sam.! tu
sautes encore, tu vis encore. Merci pour cette leçon de vie !
A bientôt dans le ciel.